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Commerces et centre-ville : le digital est-il la seule solution ?

Un rideau baissé. Une rue vidée de ses badauds… À Thionville comme ailleurs, dans les villes moyennes du Grand Est et de France, le commerce de centre-ville souffre d’un manque d’attractivité. Concurrence des centres périphériques, des géants de la vente en ligne, accessibilité, etc. Plusieurs raisons expliquent ce constat. L’agglomération s’est rapprochée des start-ups locales pour trouver des solutions. Mais au-delà du coup de pouce technologique, Pierre Cuny, Maire de Thionville, a choisi de faire du relogement en hypercentre son plan majeur pour redynamiser un cœur de ville qui ne demande qu’à rebattre.

Photo : Pierre Cuny, Maire de Thionville défend la haut potentiel de la ville et la complémentarité numérique que peut apporter la nouvelle génération / Credit photo © Ville de Thionville

Si on doit faire un état des lieux des commerces de centre-ville à Thionville, quel est-il ?

Thionville a connu jusque dans les années 90 un commerce très florissant. Il y avait beaucoup de boutiques et des clients à haut pouvoir d’achat. Puis il s’est opéré un lent déclin. Le centre commercial des Capucins ne trouve pas son public. Créé par Jean-Marie Demange, l’un de mes prédécesseurs, il n’a jamais trouvé sa place dans l’histoire commerciale de Thionville. Il manque une locomotive de type alimentaire ou culturelle, et plus de magasins haut-de-gamme. Aujourd’hui des investisseurs se positionnent car il y a des projets en cœur de ville encourageants et Les Capucins a un potentiel de chiffre d’affaires de 20 millions d’euros par an.

Selon vous, comment en est-on arrivé là ?

Nous sommes passés de 43000 habitants à 39000 à Thionville en 30 ans, entre 1975 et 2005. Progressivement ces gens sont allés vivre en périphérie car les logements devenaient peu salubres au centre-ville. Les quartiers pavillonnaires ont été privilégiés. Un centre commercial d’envergure a été créé en périphérie de la ville (Géric) ce qui crée de la concurrence, et d’autres ont suivi ensuite. Mais il a été créé à l’initiative des commerçants du centre-ville, il faut le rappeler ! Et enfin, à partir des années 2000 on a piétonnisé le centre sans se rendre compte qu’une piétonnisation mal pensée allait accentuer le déclin des commerces.

Quelles solutions proposez-vous pour dynamiser le centre-ville ?

Pour moi, le grand chantier à mener c’est celui de la reconquête du logement en centre-ville car il ramènera de la fréquentation et de la demande dans les commerces de proximité. C’est le projet que nous menons avec Cœur de Ville.

À moins d’un kilomètre du centre piétonnier nous aurons d’ici huit ans 2200 logements (dont 660 en construction en cœur de ville), notamment dans le quartier gare, puisque nous jouons également la carte de ville frontalière. Celle-ci va connaître une fréquentation exponentielle d’ici cinq ans en passant de 6000 à 9000 passagers quotidiens, d’où l’intérêt de la relier par une passerelle à l’hypercentre en moins de 5 minutes à pieds.

Cette politique du logement attractif au centre-ville fera que les premiers clients des commerces seront les voisins de ces derniers. Nous actionnons également d’importants leviers de marketing territorial pour faire revenir des commerces.

En deux ans, ce sont 22 immeubles de centre-ville qui viennent d’être rachetés pour être réhabilités, avec des pas-de-porte qui rouvrent puisque la vacance est passée de 19 à 16%. Les effets commencent à se faire sentir : La Poste, une boulangerie, des médecins et laboratoires se sont d’ores et déjà réapproprié le centre-ville. L’objectif est à terme de rééquilibrer l’offre de commerces entre périphérie et centre-ville.

La pandémie a mis en exergue le besoin de digitalisation des commerçants, de façon individuelle, non seulement pour se mettre à la page, mais surtout pour sauver leur activité. De manière collective, comment la ville peut-elle les aider ?

Toute difficulté nous permet de nous réinventer. Cela fait déjà trois ans que je leur parle du besoin de se digitaliser. La digitalisation est aux commerçants ce que le télétravail est aux salariés. Cette crise a accentué un besoin qui était latent.

Avec le Thi’Pi, nous avons relancé la plateforme Thionville Shop qui vivotait pour permettre à tous les commerçants d’accéder à une vitrine digitale, (avec un système de vente de produits en ligne, ndlr). Nous avons recruté en 2019 une manager de centre-ville, Anne-Karine Ivanov (voir ci-après), qui accompagne les commerçants au quotidien dans leur transformation digitale. Avec elle, deux étudiants en commerce et la fédération des commerçants (APECET) font partie du projet Office du Commerce, au sein duquel figure la plateforme Thionville Shop et la page Thionville Commerces. L’objectif est de proposer aux clients des services tels que click & collect, et de former les commerçants à la gestion de leur stock, mettre en valeur des produits en ligne et vendre autrement. Nous réfléchissons par ailleurs aux accès au centre-ville via une navette autonome…

Pour moi, la solution n’est pas le tout numérique : il ne fonctionnera que s’il y a du présentiel, car il crée la confiance et maintient le rapport humain. Si on relance justement le logement en centre-ville c’est pour que le présentiel ne meure pas.

Croyez-vous au combo commerce/activité complémentaire ?

Bien sûr, la bi activité est essentielle, et nous constatons que les commerces à double fonction s’en sortent le mieux : une épicerie/traiteur à emporter, une boutique de déco/salon de thé, une boutique de créations artisanales/atelier ou un caviste/restaurateur ? Comme les médecins l’ont fait avec l’arrivée de la carte vitale, le commerçant doit être capable de révolutionner ses habitudes et être plus flexible : sur les pratiques, les modes de retrait ou les horaires d’ouverture.

Vous aviez évoqué avant la crise le projet de faire de Thionville une Smart City. Où en êtes-vous de ce projet ?

Thionville est une ville à très haut potentiel. Et la génération qui nous suit est complètement numérique. Il faut préparer l’avenir. Nous travaillons avec la Communauté de communes du Pays Haut Val d’Alzette, sur le projet ECLOR (territoire connecté), car ils ont beaucoup de données, et cherchent à les utiliser sur des applications nouvelles. Nous, à l’inverse, devons aller chercher la donnée.

Je veux une ville plus captive au niveau des informations, tout en veillant à préserver l’éthique d’utilisation des données. D’ici trois ans, je veux que Thionville soit plus connectée en termes d’éclairage, de gestion des déchets, de services administratifs, etc. J’ai la chance d’avoir un écosystème à mes côtés qui nourrit mes réflexions. J’ai cité ECLOR, je pense bien sûr au Thi’Pi piloté par Florence Christmann mais aussi le Digital Lab d’ArcelorMittal qui travaille sur des projets de nouvelles technologies en lien avec le milieu industriel.

Qu’est ce que ça vous apporte de travailler avec les start-ups, en tant que collectivité ?

J’ai découvert cet univers avec la médecine, lorsque les start-ups en biomédecine se sont rapprochées des hôpitaux. Cette relation est indispensable dans l’évolution des services publics et la relation au citoyen.

Nous avons besoin des start-ups pour créer des applis, des systèmes automatisés, pour faire évoluer nos villes en Smart Cities. Une chose dont souffrent les hommes politiques aujourd’hui parfois c’est l’acculturation de la chose numérique avec des termes nouveaux, des concepts qu’il faut savoir expliquer à bon escient, sans en être spécialistes. Mais on s’y fait et en ce qui me concerne, j’ai fini par apprendre !

Nous avons besoin de la tech comme d’une évolution naturelle. Quand on fait de la politique, une chose est essentielle c’est d’avoir conscience qu’on ne connaît pas tout !


« Privilégier le partage et l’économie circulaire »

Rencontre avec Anne-Karine Ivanov, manager de commerce, Thionville.

« Thionville Shop est la marketplace des commerces, ce qui constitue pour certains la solution idéale pour vendre leurs produits en click & collect. Il a été conçu par Christian Wagner de Clever Office, un auto entrepreneur local. Mais pour d’autres, comme les boulangeries ou les coiffeurs, le site vitrine Thionville Commerces est plus adapté. Créé pendant le premier confinement avec des partenaires et start-ups locales (Citypeps, Digiteo 303, Social Digital Solutions, Neuroflow…) et suite à un inventaire minutieux cet été, il recense la plupart des commerces et leurs sites web. Les commerçants se méfient car ils sont sur-sollicités par des entreprises issues de toute la France. Le fait de travailler avec l’écosystème tech local est rassurant pour eux dans cette transition délicate. Nous sommes un collectif de gens de bonne conscience qui croyons aux valeurs de partage et d’économie circulaire ! »

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