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Préparer le terrain pour la Data Economy

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En 2001, Francis Kaell de l’Administration du cadastre et de la topographie a eu l’idée de créer le Géoportail du Grand-Duché de Luxembourg. La plateforme centralisant toutes les géo-données à connotations géographiques, spatiales du secteur public est aujourd’hui un formidable étandard pour la stratégie Open Data du pays. Début 2017 Francis Kaell a rejoint le Service information et presse et pris la direction de la division Open Data et accès à l’information auprès du Ministère de d’Etat. Patrick Weber quant à lui continue de travailler sur les services geoportail.lu et est responsable technique de la platforme d’échange de données ouvertes data.public.lu – entre autres – et est un expert reconnu de la place.
(Photo : Francis Kaell et Patrick Weber / Crédit © Olivier Minaire)

Une mine d’information

Que ce soit pour les entreprises matures techniquement ou les startups, la plateforme d’échange des données ouvertes data.public.lu est un outil incontournable pour celles et ceux souhaitant avoir accès aux données publiques, les traiter et les utiliser pour développer de nouvelles technologies. Les projets liés à la mobilité font partie des plus nombreux mais pas que. Les secteurs de l’immobilier, de la santé ou encore de l’environnement en sont friands. Ainsi, les données disponibles sur la plateforme data.public.lu peuvent être reprises par tout un chacun y compris des organisations aussi connues que Google qui les intègres dans ses services de cartographie. Chaque startup pourrait en soi reprendre les mêmes informations et créer un service innovant avec ces données. “Auparavant, pour avoir accès aux données du secteur public il fallait en faire la demande auprès de l’autorité compétente, et même déjà savoir que ces données existaient! Les responsables des différents services se réservaient le droit de donner ou non l’accès à ces données. Face aux demandes toujours plus nombreuses et à l’opacité qui régnait le principe de l’Open Data a été mis en oeuvre et des lois et directive votées et instaurées,” précise Francis Kaell. “La législation et notamment les conditions d’accès et d’utilisation des données n’étaient pas très claires à l’époque. Étaient-elles payantes par exemple? Je me souviens que certaines bases de données se monnayaient à plusieurs dizaines de milliers d’euros à l’époque alors que nous avions toutes les données quelque part dans nos différents départements. Il suffisait juste de les rendre accessible à tout le monde”.

“Une dernière ouverture de données en date concrète est la mise en ligne de toute la base de données anonymisée des voitures individuelles en circulation au Luxembourg – hors plaque d’immatriculation – de la part du SNCA. Ce relevé de plus de 530.000 véhicules avec leurs données techniques peut être réutilisé pour faire des analyses statistiques par exemple”

Une prise de conscience nationale

En 2003 et en 2013 la Directive PSI – Public Sector Information – sur les réutilisations des informations du secteur public a mis en place le principe selon lequel toutes les données – sauf celles tombant sous les exceptions, p.ex. si elles sont soumises à des droits de propriété intellectuelle, affectant la sécurité nationale, la confidentialité des données, ou encore si elles contiennent des données à caractère personnel – devaient être rendues publiques et accessibles au plus grand nombre, sans limite à leur accès. De même la possibilité de pouvoir réutiliser ces données à des fins commerciales a été stipulée. “L’initiative Digital Luxembourg a vu le jour dans le but de promouvoir toutes les actions dans le domaine du digital pour faire du Luxembourg une “Smart Nation”. L’Open Data fait partie depuis des priorités et nous avons ensemble lancé le portail data.public.lu”, précise Francis Kaell. En mars 2016, nous avons officiellement lancé ce portail lors du hackathon Game of Code. Le challenge fixé aux 120 participants de cette première édition était de trouver des solutions pour la mobilité. Grâce aux jeux de données que nous leur avons mis à disposition ils ont pu travailler sur des applications concrètes intégrant des informations en temps réel. Pour la deuxième édition cette année nous avions 150 participants et nous espérons voir émerger de nouveaux beaux projets dès la prochaine édition en mars 2018,” poursuit Patrick Weber.

Bien évidemment il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. L’avantage d’un petit pays comme le Luxembourg reste les chemins courts entre les décideurs et une proximité avec la population qui permet de démocratiser rapidement des sujets comme l’Open Data. “Une dernière ouverture de données en date concrète est la mise en ligne de toute la base de données anonymisée des voitures individuelles en circulation au Luxembourg – hors plaque d’immatriculation – de la part du SNCA. Ce relevé de plus de 530.000 véhicules avec leurs données techniques peut être réutilisé pour faire des analyses statistiques par exemple,” révèle Patrick Weber. Un autre exemple d’un nouveau jeu de données ouvert et innovant est une carte 3D complète et détaillée de tout le pays, qui sera réalisée l’an prochain par l’Administration du cadastre et de la topographie et qui permettra de multiples utilisations dans les domaines forestier, agricole, archéologique, urbanisme, etc.

« En ce qui concerne les startups, elles ont aujourd’hui à leur disposition plus de 500 jeux de données et 3500 ressources. Nous continuons à moissonner pour elles. À elles d’en récolter les fruits. Il faut s’habituer à être Open!”

Un changement de culture

« Bien que beaucoup de personnes ne comprennent pas encore le principe de l’Open Data et pourquoi ils doivent fournir des données, les effets bénéfiques se ressentiront dans le futur, » poursuit Francis Kaell. Tous les pays européens ont désormais adopté ce principe et sont dans l’obligation d’appliquer la directive depuis 2003, et rendue obligatoire en 2005. En 2013, la réédition de celle-ci a même contraint encore un peu plus les pays à s’ouvrir. Dans certains pays où les écosystèmes sont plus développés, certaines entreprises tirent une valeur économique de la réutilisation des données. En Angleterre par exemple une société nommée Transport API s’est spécialisée dans la collecte de données sur les transports et revend les données traitées. La Data Economy est bien une réalité et “l’objectif de cette directive est des promouvoir les écosystèmes et de permettre aux startups et aux entreprises de tirer de la valeur de ces donnés”, commente Patrick Weber. Ce changement de modèle économique repose également sur un changement des mentalités et de la culture, notamment pour ceux qui détiennent encore aujourd’hui ces informations et qui rechignent à les rendre publiques. “Nous devons changer l’attitude du grand public mais aussi de l’Etat. Nous jouons à domicile et c’est un travail que je fais au quotidien en rencontrant les différents responsables de services. Nous avons encore des milliers de jeux de données à récupérer. Mon rôle est de faire comprendre que le premier à bénéficier de l’accessibilité de ces données est l’Etat lui-même. En ce qui concerne les startups, elles ont aujourd’hui à leur disposition plus de 500 jeux de données et 3500 ressources. Nous continuons à moissonner pour elles. À elles d’en récolter les fruits. Il faut s’habituer à être Open!” conclut Francis Kaell.


Cet article a été publié en anglais dans la 7e édition du magazine SILICON

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