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« Je suis de nature fondamentalement opérationnelle »

Directrice de l’écosystème, mentor de startuppers et coach professionnelle, cette passionnée d’innovation, de terrain et de challenges est LA personne à rencontrer lorsqu’on est porteur d’un projet numérique en Moselle Nord. Autodidacte, autonome, autorisée mais pas autoritaire, rencontre avec Florence Roux-Christmann, femme à valeur ajoutée, directrice du Thi’Pi, Pôle Numérique French Tech East à Thionville.

Photo : Florence Roux-Christmann essaie de voir le côté positif dans toute chose, pour tirer les équipes vers le haut / Crédit photo © Thi’Pi

Quels types de services sont proposés au Thi’Pi, pour les résidents et les non-résidents ?

Ils ont naturellement beaucoup évolué. Lorsqu’nous avons démarré c’était surtout d’animer le lieu (bâtiment Totem du fait du label French Tech) sans qu’il y ait de véritable réflexion sur les besoins du territoire en matière numérique, tant au niveau des collectivités que des particuliers ou des entreprises. Cela a eu l’avantage de nous faire réfléchir à ce qu’il devait être et d’imaginer ce qu’est plus largement l’écosystème numérique nord-mosellan.

Le Thi’Pi identifie, accompagne ou héberge tous les porteurs d’un projet à croissance potentielle irrigué par le numérique : les start-ups, PME, PMI, commerçants et artisans, mais aussi certains dispositifs publics… Pour cela, il s’appuie sur les autres structures French Tech du territoire comme l’incubateur The Pool à Bliiida, les réseaux d’entreprises ou des pépinières d’entreprises dans un esprit collaboratif.

Notre rôle est aussi d’évangéliser les atouts du numérique en tant que tiers de confiance, connecteur et fluidificateur. Par exemple, nous accompagnons les commerçants et PME dans une vision de développement à long terme, voire aujourd’hui de survie d’activité en ce qui concerne les commerces depuis la crise sanitaire. C’est voué à l’échec que de se réfugier dans le digital uniquement lorsqu’on a peur… Même constat auprès des PME : nous devons leur apprendre à changer la roue sans que la voiture cesse de rouler.

J’aime cet adage qui dit « ne donnons pas du poisson aux gens, apprenons-leur à pêcher » ! Enfin, nous menons une mission de service public : en sensibilisant aux métiers du numérique qui sont encore nouveaux et où il y a hélas peu de candidates, et à l’inclusion numérique, notamment dans les quartiers défavorisés.

Public ou privé ? Quelle gouvernance pour le Thi’Pi en 2021 ?

Aujourd’hui, nous sommes une entité 100% publique puisque gérée et financée par l’agglomération Thionville Portes de France. Nous sommes également bâtiment Totem de La French Tech East. Nous nous dirigeons en 2021 vers une nouvelle gouvernance de type associatif, pour engager davantage les acteurs privés dans la vie et la stratégie du lieu. Cela nous permettra de gagner en agilité et de coller au plus près des besoins du territoire.

Nous pouvons déjà compter sur des acteurs incontournables du bassin thionvillois : l’Institut de Soudure, un établissement à la pointe de la recherche technologique, notamment en ce qui concerne les nouveaux matériaux, ArcelorMittal et d’autres industriels emblématiques. Notre offre de services évoluera, fruit de nos réflexions suscitées, vers une offre qui fédère et mobilise les acteurs.

En fonction du budget, un déménagement et un renforcement d’équipe ne sont pas exclus (nous sommes actuellement deux salariées, j’ai le plaisir de gérer Thi’Pi avec Manon Charton, ma collègue depuis un an, qui s’occupe des Opérations) en fonction des cibles prioritaires et des compétences qui nous manquent.

Quel a été votre parcours avant de diriger cet écosystème ?

Diplômée de l’EDHEC, j’ai démarré en audit financier à Luxembourg, mais je me voyais mal travailler en banque… J’ai besoin de me sentir utile dans une mission de terrain qui évolue. J’ai travaillé plus de 20 ans au Luxembourg, chez PwC. Après cinq ans d’audit, j’ai bifurqué vers les ressources humaines, la gestion des process et des carrières, ce qui m’a permis de me former en innovation en amélioration continue au moment où se dessinaient les prémices de la transformation digitale des entreprises.

Cela m’a amenée à créer un accélérateur de start-ups au sein de PwC Luxembourg. De là j’ai découvert l’écosystème Lorrain et La French Tech. Ça m’a plu de revenir sur le terrain, je suis de nature fondamentalement opérationnelle ! Mais j’ai appris avec le temps que je ne peux pas donner de l’énergie tout le temps, et à lâcher prise en devenant coach professionnelle. Être coach et mentor, c’est très complémentaire… J’essaie de voir le côté positif dans toute chose, pour tirer les équipes vers le haut.

Territoire frontalier, le Nord-Mosellan a un potentiel économique tourné vers le déploiement à l’international. Avec quelles autres intelligences transfrontalières avez-vous noué des partenariats ?

On ne peut pas parler de Thionville sans parler de Luxembourg, vers lequel le territoire est naturellement connecté. Nous nous sommes engagés aux côtés de la House of Startups dans l’initiative EU Tribe, qui vise à mutualiser dans la Grande Région les incubateurs de start-ups et les lieux de compétences. C’est un réseau essentiel et qui compte. L’idée pour la start-up, c’est de faire facilement un test marché à l’étranger, bien accompagnée, sans déménager.

Après un an de réflexion, on est enfin prêts, les premiers ateliers communs sont prévus début 2021. Le dispositif PUSH.GR permet aussi de trouver des partenariats transfrontaliers avec des clients ou fournisseurs, pour les entreprises déjà installées.

Quels sont les avantages à créer une start-up en France ? Au Luxembourg ? Quelles sont les tendances ?

Pour un résident français, cela n’a selon moi aucun intérêt de créer une start-up au Luxembourg, pour plusieurs raisons : le trajet quotidien, le prix des loyers, et le risque pour un français est de se retrouver perdu dans le nombre de start-ups présentes. Je le dis sans vouloir créer de polémiques, car on en parle souvent avec mes amis de l’écosystème luxembourgeois qui voient affluer les start-ups françaises.

En termes d’aides, la France et le Grand Est apportent un nombre d’aides au démarrage sans comparaison. Ceci dit, on invite les start-ups à rechercher le chiffre d’affaires plutôt que la subvention. La région Grand Est met une priorité absolue sur les projets d’Intelligence Artificielle, et se montre plus exigeante dans l’attribution des aides.

Une fois que la start-up a réussi sa phase de commercialisation, il devient pertinent de considérer Luxembourg pour structurer la phase d’accélération internationale, car c’est le cœur de métier du pays.

Quels sont les prochains événements au Thi’Pi ?

On continue les e-Tanka (Tanka en sioux lakota signifie « Grand », et nos webinaires ont pour ambition d’aider petit entrepreneur à devenir grand), des webinars thématiques accessibles gratuitement. Cela nous permet de solliciter des intervenants qui viennent de plus loin, de qualité qui ne se seraient peut-être pas déplacés. Nous avons d’ailleurs récemment accueilli Gaëlle Haag, fondatrice de StarTalers, et son CTO Maxime Riggi, pour un retour d’expérience intéressant sur … le bon moment de recruter son CTO. Cela nous donne plus de liberté dans les sujets abordés comme le prochain. Exemple : comment utiliser LinkedIn comme tremplin de croissance ?

Un hackathon sur le thème du commerce de centre-ville est aussi en projet avec la ville de Thionville, mais pas encore de date arrêtée du fait de la situation sanitaire. MeeTHI’ng, le speed dating dédié à la transformation numérique des entreprises et collectivité, n’a pas connu d’interruption, même si en 2020 l’édition a été légèrement différente (accueilli au sein du Salon à l’Envers). Nous souhaitons le renouveler régulièrement car il est une place de marché incontournable sur le nord Moselle pour trouver des acteurs innovants locaux. En attendant, on peut revoir les vidéos des pitchs des start-ups présentes (dont quatre luxembourgeoises, parmi lesquelles Cocoonut, le grand gagnant des Start-up Stories) sur nos page Facebook et LinkedIn.

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